Grossoeuvre

 

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Cahier de doléances Tiers Etat du bailliage de Gisors

(secondaire de Rouen) pour les Etats Généraux de 1789

Une transcription la plus fidèle possible aux originaux. De légers arrangements, sans plus.

Source : http://archives.eure.fr/search?preset=117&view=list

Transcription : http://historien.geographe.free.fr/cahiers.htm

Cahier de doléances, plaintes et remontrances de la paroisse de Grossoeuvre.1) 

fait et arrêté le 4°. jour de mars 1789.

La paroisse de Grossoeuvre a été comprise dans le catalogue des bourgs, et assujettie comme eux aux droits d’entrée, pour lors elle était bien peuplée ; les grandes routes n’étaient pas faites et par conséquence très passante, le gain qu’on faisait sur les passans méritait une contribution ; aujourd’hui elle est uniquement paroisse de campagne, composée d’environ quarante feux et de cent cinquante habitans, dont sept sont laboureurs, tout le reste artisans et journaliers, excepté deux marchands tels qu’on peut l’être en campagne ; il existe encore dans cette paroisse de campagne un marché pour les vaches tous les lundis de chaque semaine et quatre foires par an, mais il se trouve au marché comme aux foires si peu de vaches que les habitans perdent plus à ce marché qu’il n’y gagnent : il y a ici à la vérité trois cabarets, un suffirait pour les marchands de vaches, encore ne pouvait il subsister de son état s’il n’avait pas d’autre occupation aussi tous les trois qui existent ; cultivateur des terres pour vivre et sont plutôt des laboureurs que des cabaretiers.

Nous nous plaignons que nos occupations étant parfaitement les mêmes que celle de nos voisins et que payant comme eux et à leur porata la taille, la capitation et autres accessoires, on exige de nous en sus et de plus les droits des aides sur toutes nos boissons ; personne n’ignore qu’il est d’un usage général et même de nécessité en Normandie, que le laboureur fasse une boisson légère pour sa famille et ses domestiques, appelée vulgairement petit cidre ; cette boisson est toujours composée tout au plus d’un tiers de jus de la pomme et dans deux tiers d’eau, excepté les années de disette où il entre tout au plus un dixième de cidre sur douze pots d’eau, nous avons encore été obligés l’année passée de composer notre petit cidre de cette façon ; cependant chose incroyable, si le fait n’était pas réel ! on nous fait payer sans aucune diminution, sans aucune remise autant pour cette boisson que pour le cidre pur : d’où il s’ensuit que les payant un impôt pour l’eau que nous buvons, nous sommes plus vexés qu’aucune ville de royaume ; nous demandons avec toute sorte d’instance d’être déchargés de cet impôt injuste et accablant pour nous.

Mrs les Intendants et beaucoup d’écrivains nous invitent et nous exhortent à bien cultiver nos terres, à les améliorer pour avoir des récoltes plus abondantes ; les cultivateurs ont toujours su comme nous le savons, que pour avoir ces abondantes récoltes, il faut bien labourer, bien fumer la terre selon la qualité du sol ; or il faut des pailliers et des bestiaux pour se procurer ce fumier nécessaire et indispensable ; cependant les décimateurs qui profitent sans aucuns frais, du fruit nos travaux de nos sieurs, de nos dépenses et de nos avances, nous les enlèvent ces pailliers ou nous les vendent très cher. Nous demandons comme une chose juste que les décimateurs remettent tous les pailliers qu’ils ont perçus sur le terrein d’une charrue, sans exiger autre chose que les de les consommer et répandre sur les terres qu’ils dixment.

Tout le monde sait que la Haute-Normandie est presque sans prairies et sans pâturages, particulièrement la plaine de st André dont le sol est trop près de la terre glaise, est sec et pierreux, et ne produit que de mauvaises herbes, quand on le converti en pâturages ; comment donc nourrir des bestiaux et faire des élèves ? Il faut, disent nos auteurs, y suppléer par des prairies artificielles, ils nous enseignent même plusieurs moyens d’y parvenir ; nous en avons essayé plusieurs qui ne nous ont pas réussi ; mais nous en pratiquons un qui nous réussi toujours, c’est de préparer un terrein par des labours réitérés, le bien fumer d’un fumier bien consommé, ou le couvrir de terrasses ou de terres neuves, y semer de la graine de luzerne ou de trèfle ou de sainfoin ou de bourgogne, continuer à le fumer tous les ans avant l’hiver ; alors on n’en récolte presque rien sur les deux premières années, mais on commence à jouir de la luzerne dès la troisième année.

Nous nous plaignons que les décimateurs, sans avoir égard à nos dépenses, à nos sueurs dans lesquelles ils n’entrent jamais pour rien, viennent se jeter sur ces prairies nouvelles et nous en enlèvent la dixme dont nous demandons la suppression pour toute la récolte que nous employons à la nourriture de nos bestiaux et de nos élèves. Le Parlement de Rouen par un arrêt de règlement l’a déjà supprimée.

Nous nous plaignons aussi qu’on dixme nos veaux par une livre de beurre, nos cochons de lait, nos  agneaux ; tout laboureur sait que ces élèves coûtent presque autant qu’ils valent, mas il sait aussi par une expérience constante que ces bestiaux élevés dans le pays y sont beaucoup mieux et sont moins sujets aux maladies que ceux qu’on achète ailleurs. Nous demandons la suppression de ces chétives dixmes qui n’ont été introduites que par un abus grossier, et peut-être même par supposition, déclarants que cette espèce de dixme qui est trop souvent de procès trop coûteux entre le pasteur et les ouailles.

Nous osons assurer que nos pasteurs bons et utiles seront enchantés d’être déchargés de ces misérables dixmes dont les chapitres, communautés ont eu l’adresse de les grêver, et d’être délivrés de cette occasion prochaine d’avoir de vilains procès qui rompent la paix et l’union avec leurs paroissiens qu’ils aiment et chérissent. A Dieu ne plaise que nous voulions, par l’extinction de ces dixmes, diminuent le revenu de nos curés qui sont les seuls ministres dont nous recevons les secours spirituels et temporels, revenu que nous reconnaissons déjà trop modique pour un grand nombre, nous demandons comme une chose juste qu’ils soient indemnisés de la petite peste de ces dixmes sur celle des grains.

Les chapitres, communautés et beneficiers simples se plaindront-ils qu’on attaque leur propriété ?

1° Nous n’avons pas lieu de craindre un refus de leur part pour un sacrifice d’une si petite valeur.

2° Nous répondrons demanderons que ces Messieurs nous procurant des moyens de fertiliser les terres, ils nous procurent celui de les enrichir, car plus nos récoltes seront abondantes, plus leur dixme vaudra. A qui sont-ils redevables de l’augmentation des deux tiers de leur dixme et de leur revenu depuis trente ans ? A l’augmentation du prix des grains, répondent-ils. C’est une raison, mais la prépondérante et la principale, la voici : les savans, les riches, le gouvernement ont encouragés par leurs écrits et par leurs exemples les cultivateurs qui ont défriché, planté, marné, engraissé leurs terres, et par leurs dépenses et leurs travaux ont augmenté de beaucoup leurs récoltes, et ont enrichi les décimateurs quoiqu’entierement passifs dans toute la besogne.

Nous nous persuadons donc aisément que tous ces bénéficiers dont nous ne connaissons que les fermiers nous accorderons volontiers notre demande.

Sur le droit exécutif des seigneurs pour la chasse et le colombier nous n’avons aucun lien de nous plaindre de Mrs les marquis de Vitermous qui sont depuis longtemps nos seigneurs, ils nous ont tous traité comme notre seigneur actuel avec bonté, équité et générosité ; cependant comme quelques seigneurs abusent de leurs privilèges, nous demandons que les loix concernant concernant 2)les droits soient rigoureusement observés.

Nous nous plaignons que le prix excessif du pain nous attire par semaine jusqu’à deux cens pauvres, dont la moitié sont en état de gagner leur subsistance, et le tiers du reste au moins la moitié, si on met le pain à un prix proportionné à celui que peuvent gagner les travailleurs ; ceux-ci effrayés de la cherté des grains déclare tout haut qu’ils aiment mieux mendier que que20 de travailler ; il y en a même quelques-uns qui s’attaquent et viennent pendant la nuit dans les fermes demander du pain : nous demandons un reméde promt et efficace à ce mal dangereux pour l’état, ruineux et accablant pour les laboureurs et les curés, nous pensons qu’il conviendrait de défendre à tous les pauvres de sortir de leurs paroisses.

Nous nous plaignons d’être privés de la protection des loix à cause des frais immenses qu’il faut faire pour obtenir leur exécution ; nous demandons donc la réforme des abus de la jurisprudence actuelle, sur tout sur les décrets ruineux, et qui absorbent en Normandie par des formes multiplïées au moins le tiers d’une succession.

Nous demandons et désirons vivement que tous les impôts soient répartis sur la valeur et le revenu de tous les fonds situés dans les paroisses sans aucun privilège et sans aucune exception pour personne.

Nous nous plaignons aussi que pour l’exécution de la Déclaration du Roi qui ordonne aux curés de tenir registre exact des baptêmes, mariages et sépultures, nous sommes forcés de recourir pour obtenir tous les ans ces registres, quoiqu’éloignés de plus de douze lieuës, nous demandons à être autorisés à les faire signer et parapher par le Bailli de Grosseuvre ou le juge royal d’Evreux.

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1) Ne s’est pas présenté à l’assemblée de Gisors le 31 mars 1789.

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